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Une montagne préservée ou réservée ?

mercredi 4 juin 2014, par Denis Plaze

Telle était la question posée le 25 mai dernier lors d’une soirée organisée à Chambéry par l’association Montanéa.

Voir en ligne : Le film introductif de la soirée

Le film de Damien ARTERO « un pas de côté » retraçant une traversée du massif de la Chartreuse en évitant de prendre les sentiers introduisait un débat auquel participait Georges Elzière président de la FFCAM aux côtés des représentants du PNR des Bauges, du PNR de Chartreuse, du PN de la Vanoise, de la FF de Randonnée Pédestre.
La question des rapports entre les usagers de la montagne « les gens d’en bas » et ses habitants « les gens d’en haut » est d’actualité et plutôt complexe.
Dans une société de plus en plus urbaine (70% de la population), les attentes ainsi que la fréquentation de la montagne ont beaucoup évoluées. Désormais la montagne, en particulier les massifs proches des grands bassins de vie est fréquentée partout et en toute saison ce qui réduit de plus en plus les endroits préservés. Ce fait est renforcé par des nouvelles pratiques (raquettes, trails, parapente, slack line…) et par le renfort des nouvelles technologies (sites internet dédiés, GPS…). Qui plus est les pratiques apparaissent de plus en plus individuelles donc moins ouvertes à des sensibilisations ou des formations responsabilisantes.
Tout cela fait que les conflits d’usage sont très présents, ils entraînent des points de friction. Cela passe par la multiplication des véhicules et des parkings sur-utilisés, des tensions avec les alpagistes (barrières non refermées, cohabitation avec les patous), les sylviculteurs (dégradation des sentiers), des chasseurs (dérangement de la faune), des déchets laissés en tout lieu, des bruits intempestifs, des activités économiques « qui gênent le décor »,… et la liste n’est pas close. Cela qui fait dire à certains que « la montagne n’appartient pas à tout le monde ».
La méconnaissance par les citadins des cultures rurales (ou leur oubli), les interrogations que suscitent les pratiques « des gens du bas » aux « gens du haut » expliquent en partie nombre d’incompréhensions. Pourtant la fréquentation de la montagne contribue à la vie économique des territoires, cela constitue un axe majeur de développement initié par les Parc Naturels Régionaux et les Parcs Nationaux.
Cependant de nouvelles évolutions se font jour. Les populations « des gens du haut et des gens du bas » sont de moins en moins homogènes. Beaucoup d’habitants des hauteurs sont issus de la ville, à l’inverse, ceux qui ont des racines anciennes en altitude vont fréquemment travailler en ville, les habitudes culturelles et les modes de consommation s’harmonisent.
Mais si les rapports entre ville et montagne sont de plus en plus étroits, il est fondamental de ne pas uniformiser un espace montagnard qui a de l’intérêt que car il est différent, en décalage avec la vie de tous les jours.
Il y a une nécessité collective à ce que les milieux montagnards ne soient pas banalisés, la civilisation urbaine a besoin « d’un ailleurs ».

Denis PLAZE